26/01/2007

Le modèle danois

  La crise du «modèle français»: importer le modèle danois sans l'esprit de communauté? 3707496274

 

 

Tout le monde est d’accord : le modèle français fonctionne mal. Faut-il en changer ? Comment le faire évoluer ? Les propositions émergent. On ne pourra pas dire que les sociologues manquent d’imagination. Difficile aujourd’hui de trouver, à gauche ou à droite, un défenseur du « modèle social français ». Quoi que l’on mette sous cette appellation, le constat d’un échec de la société française à assurer à chacun des conditions de vie décentes est largement partagé. Et même si nombre de travaux statistiques, sociologiques et économiques sur le chômage, la précarité, les inégalités en tous genres viennent alimenter ce constat, plusieurs publications ont très récemment insisté sur le profond décalage entre la vision officielle de la société et la réalité de la situation sociale. (...).

Pauvreté des solutions, peut-être, mais le débat a en tout cas commencé et, malgré l’air du temps «décliniste», les propositions sérieuses pour faire évoluer notre modèle social ne manquent plus. Autour du contrat de travail par exemple, le rejet du contrat première embauche (CPE) a donné toute sa vigueur aux débats en cours chez les économistes pour s’attaquer à la dualité CDI/ contrats précaires, qui tend à créer un marché du travail à deux vitesses, les avantages des uns se payant au prix de l’insécurité des autres. (…) Mais en matière d’inspiration étrangère, c’est bien entendu le modèle danois (ou nordique) et sa miraculeuse « flexicurité » qui tient le haut du pavé. (…) le Danemark semble avoir trouvé un équilibre vertueux, qui maintient de hauts niveaux de protection sociale pour tous sans entamer la compétitivité de l’économie : le taux de chômage est bas, la précarité est un concept inconnu, à la grande liberté de licencier répond une assurance chômage généreuse avec des services de l’emploi efficaces…(…). Reste que  le débat français invoque à l'envi la flexicurité en oubliant toute l’architecture institutionnelle qui la sous-tend. L’Etat y occupe notamment une place encore plus prépondérante qu’en France, avec un secteur public pléthorique qui emploie 31 % de la population active et des prélèvements obligatoires très élevés. Autre aspect crucial : des relations patronat-syndicats nettement plus institutionnalisées qu'en France, avec un taux de syndicalisation proche des 80 %. Autant d’éléments propres à refroidir les ardeurs réformatrices de ceux qui se seraient volontiers contentés de troquer un assouplissement du droit du travail contre de nouveaux droits pour les salariés. La route vers le Danemark est encore longue... (Source : Xavier Molénat, Sciences Humaines, 01/2007)

 

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Ces débats d’intellectuels en mal d’idées ont le mérite d’exister. Ils ont le tort de vouloir réinventer de vieilles recettes telles que le lifelong learning, l’outplacement… Mais leur défaut principal est de nager dans l’abstraction: on voudrait le système danois sans les taux de syndicalisation, sans le patronat participatif, sans le collectivisme des décisions, sans la négociation institutionnalisée, bref sans tout ce qui résulte du sens de la communauté qui sous-tend les pratiques de l’Europe du Nord. Il faut commencer par réfléchir aux fondements culturels de ces pratiques.

La route serait longue en effet pour adopter un système de type nord-européen et le faire fonctionner dans un pays tel que la France. Encore faudrait-il, pour avoir la moindre chance de réussir, commencer par réintroduire l’esprit de communauté. Cela débute par des actes simples et des conduites élémentaires au quotidien: réintroduire la politesse, le savoir-vivre, le partage, la transparence, le sens du compromis, ceci de façon effective et réelle et non pas verbale. Dans un pays qui, en proie aux schémas autoritaires et individualistes du bonapartisme, manque totalement de convivialité, ce n’est pas le moindre des challenges. 

09:48 Écrit par TSCF dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : relations sociales, valeurs |  Facebook |

24/12/2006

Violences à l'école

Violence_6Les écoles malades de la crise sociale
 

 

Il n'est pas mort directement des coups qui lui ont été portés, mais d'une grave malformation cardiaque qui a rendu fatal le stress enduré par une banale chamaillerie entre collégiens. Le décès jeudi soir à Meaux, en banlieue parisienne, du jeune Karl, qui était âgé de 12 ans et avait été molesté par deux condisciples, n'en a pas moins suscité une vive émotion. Ce drame a d'autant plus relancé la controverse sur les violences scolaires qu'il est survenu quelques jours après la révélation du calvaire subi par une collégienne de Marseille violée par ses camarades de classe. Et presque un an jour pour jour après qu'une professeur d'arts plastiques poignardée en pleine classe, en banlieue parisienne toujours, eut ému la France en accusant le ministre de l'Education et son administration de ne pas avoir entendu ses appels au secours. (...) D'un drame de la violence scolaire à l'autre, du reste, est redessiné le même portrait d'une administration de l'Éducation sourde aux mises en garde remontant du terrain : les syndicats enseignants et associations de parents de Meaux l'avaient avertie ces dernières semaines de la dégradation du climat. D'après les chiffres officiels, on déplore chaque année en France quelque 82 000 faits graves de violence dans les écoles. Ce sont les lycées professionnels qui sont les plus violents, suivis par les collèges et les lycées. (Source:La libre 23/12/2006)

 

School violence

En termes de capital social, cet événement d’une tristesse profonde révèle la gravité de la situation. Une société qui en arrive à ce niveau n’a pas, n’a presque plus de capital social. Agressivité, instabilité psychologique, haine ethnique, incapacité organique à vivre en harmonie se sont développées sur le terreau de l’immigration de masse et de la crise économique. La France n’a jamais été un pays convivial, et de par ces nouveaux facteurs détient sans doute aujourd’hui un triste record en Europe de ce point de vue...

D’où la question: qui a eu ces dernières décades pour politique constante de laisser s’installer la misère matérielle, intellectuelle et morale? De reconstituer un nouveau prolétariat ethnicisé, incapable de comprendre de cette société autre chose qu’un laxisme moral dont il peut profiter? De maintenir l’incurie et le délabrement d’une fonction publique qui n'a jamais été réformée?

Ce collège était le théâtre de violences, les enseignants avaient tiré la sonnette d’alarme, et rien n’était fait. Un collège classé « ambition réussite »: une antiphrase qui veut cacher le désastre. Une étude récente de l’INSEE conclut que l'effort pour les ZEP (Zones d’Education Prioritaire) est loin d'être démesuré. Les ZEP n'ont reçu que peu de postes et heures supplémentaires, la preuve en étant que l'effectif moyen des classes n'y a que très lentement décru; il est aujourd'hui à peine inférieur à ceux des classes non-ZEP: 25 élèves au lieu de 27.  Sur la question de savoir si les ZEP ont un effet sur la réussite scolaire, les auteurs sont encore plus désespérants puisque, à partir de l'analyse de panels de collégiens (1980 et 1989) suivis pendant toute leur scolarité, ils estiment que la mise en place des ZEP n'a eu aucun effet significatif sur la réussite des élèves, mesurée par l'obtention d'un diplôme, l'accès en quatrième, en seconde et l'obtention du baccalauréat.